13 mai 2026

A la une

Stages de seconde : dangereux, inégalitaires, inutiles

Stages de seconde : dangereux, inégalitaires, inutiles

Depuis juin 2024, plus de 550 000 élèves de seconde générale et technologique — dont 25 000 dans l’académie d’Aix-Marseille sont censées effectuer un stage obligatoire de deux semaines en juin, « d’observation en milieu professionnel », dans des entreprises, des associations ou des administrations publiques.
Ce projet, annoncé dans les médias à la rentrée 2023, n’a fait l’objet d’aucune consultation et a été massivement rejeté. Malgré l’opposition des organisations syndicales, le ministre s’entête dans le fantasme d’une entreprise formatrice, quitte à nier les dangers des stages, leur caractère inégalitaire et leur inutilité.

Des stages dangereux

Le 14 avril, le ministère de l’Éducation nationale a renouvelé sa convention avec le Medef pour la promotion des stages en entreprise, malgré les problèmes de sécurité et les accidents mortels. En 2025, le bilan est accablant : cinq mineures ont trouvé la mort alors qu’ils et elles étaient en immersion en entreprise.
Cette convention ignore totalement ces préoccupations, ainsi que la responsabilité des entreprises et celle du ministère dans la protection des élèves.
La plateforme nationale « 1 jeune, 1 stage », promue par le ministère de l’Éducation nationale et le patronat, relève davantage du slogan que d’une réalité : les offres sont inégalement réparties selon les territoires, peu diversifiées et cachent parfois du travail gratuit, voire dissimulé.
Pourtant, la circulaire du 11 décembre 2025 précise « que les établissements organisent un suivi des élèves en vérifiant que les activités qui leur sont proposées sont bien conformes à ce qui est prévu par la convention et en veillant à ce que les conditions de sécurité soient assurées ».

Des stages obligatoires… pour celles et ceux qui trouvent

D’après le ministère, les stages de seconde permettraient d’améliorer la politique d’orientation, de lutter contre les déterminismes sociaux et de favoriser la justice sociale.
Pourtant, les inégalités d’accès aux stages sont bien réelles selon l’origine sociale, le territoire, le genre, le handicap ou encore l’origine ethnique. L’environnement familial et l’origine sociale influencent fortement les probabilités d’accès à un stage.
Ces stages sont ensuite valorisés dans Parcoursup, déjà véritable machine de tri social.
Avec l’instauration du Service militaire volontaire cette année, les élèves peuvent même demander à effectuer leur « stage » obligatoire dans l’armée. Avant cela déjà, les élèves pouvaient réaliser leur stage dans le cadre du Service national universel (SNU).

Et pour les élèves sans stage ?

La circulaire du 11 décembre 2025 indique que les élèves sans stage doivent être accueillies dans leur établissement. Une mesure totalement déconnectée de la réalité des établissements au mois de juin.
Les personnels sont déjà mobilisées par les épreuves du baccalauréat. Faute de moyens humains, les élèves pourraient alors « bénéficier de solutions en ligne de découverte des environnements professionnels et y effectuer des recherches documentaires pour préciser ou parfaire leur projet d’orientation ».
Des élèves qui passeraient donc des journées entières devant un écran alors que leur année scolaire est terminée, leur orientation déjà décidée, dans des bâtiments inadaptés et surchauffés au mois de juin dans notre académie.

Des stages inutiles

Inutiles pour l’orientation, alors même que c’est l’objectif affiché, puisqu’ils interviennent en fin d’année, lorsque les élèves ont déjà effectué leurs choix d’orientation.
Inutiles également d’un point de vue pédagogique.
La circulaire prévoit une préparation du stage en amont. Mais avec qui ? Et sur quels créneaux horaires ? La fin d’année scolaire est déjà marquée par une course contre la montre pour terminer des programmes infaisables, ainsi que par la multiplication des convocations.
De la même manière, la prétendue exploitation pédagogique en classe de première peut se limiter à un simple échange entre élèves : aucun rapport de stage ne peut être exigé.

Ne rien se laisser imposer

Pendant la période des stages, les professeures sont mobilisées pour assurer la surveillance et la correction des épreuves écrites, puis les épreuves du Grand oral et l’oral de français ... Le suivi des stages est donc matériellement inapplicable, les personnels n’étant pas disponibles.
De plus, les obligations de service des enseignantes prévoient le conseil aux élèves dans le choix de leur projet d’orientation, et non un rôle de « référente de stage ».
La convention de stage doit être signée par le ou la cheffe d’établissement, l’organisme d’accueil et les responsables légaux des élèves. Il faut refuser les conventions « maison » demandant la signature du ou de la professeure principale ou référente.

Le SNES-FSU appelle tous les personnels à refuser de participer à la mise en place des stages obligatoires de juin en Seconde, que ce soit pour leur préparation, leur suivi, ou leur prétendue « exploitation pédagogiques ».